Extraits du livre “Vivre le deuil jour après jour” – Dr Christophe FAURÉ

“Le temps du deuil n’est qu’un temps de la relation avec la personne aimée et ce serait une erreur que de le réduire au seul vécu de l’absence. En effet, il porte en lui toute la relation. On peut ainsi souligner que la tonalité du deuil à venir est directement conditionnée par tout ce qui a été vécu auparavant dans la relation, avant le décès. Cela donne d’emblée une perspective extrêmement large sur le vécu du deuil ! Par conséquent, on ne peut imaginer un authentique travail de deuil si on ne prend pas en compte la globalité de la relation : là se situent les enjeux et les clés du travail à entreprendre”.

“Par les deuils du passé, on entend toutes les pertes, les séparations, les abandons, les ruptures ayant eu lieu dans son histoire. Chacun de ces événements a généré une blessure qui, à son tour, a mis en route un processus psychique de cicatrisation. Le processus de deuil actuel va dans le même sens, il mobilise les mêmes ressources intérieures qu’autrefois et c’est ainsi que se réactivent, consciemment ou inconsciemment, les cicatrices du passé.”

“On ne peut pas réduire le vécu du deuil à la seule souffrance d’avoir perdu quelqu’un qu’on aime. C’est beaucoup plus grand, c’est beaucoup plus vaste. En effet, toutes les dimensions de l’être sont interpellées par cette douleur qui imprègne et envahit chaque recoin de la vie : C’est d’abord un vécu physique où le corps parle et hurle sa douleur par un épuisement qu’aucun repos ne semble pouvoir compenser. C’est aussi un état psychologique qui effraie par son intensité : un flot de pensées et de sentiments mobilise l’esprit en continu, au point qu’on se demande si on arrivera jamais à vivre autrement que dans cette camisole émotionnelle. C’est enfin un événement social et relationnel qui remet profondément en question le rapport avec soi-même et avec autrui. On saisit très vite qu’il existe un décalage entre ce qu’on vit et ce que comprend l’autre ; une incompréhension mutuelle en résulte très fréquemment. De plus, on se sent devenir différent, mais on ignore vers quoi on tend et comment va se réorganiser notre rapport au monde. Tout devient flou, et reste flou pendant longtemps ; les certitudes tombent, les repères éclatent…”

“Le mot « deuil » fait peur car on l’assimile de façon erronée à l’oubli de la personne aimée. C’est faux, car c’est tout l’inverse qui se passe. Le travail de deuil n’aboutit pas à l’oubli, bien au contraire ; il garantit le non-oubli.”

“J’ai compris que, si je voulais me donner une chance de continuer à vivre, il me fallait renoncer à cet échange tel qu’il existait, quand cette personne que j’aimais était encore vivante. Il me fallait apprendre à la rencontrer autrement, à un autre niveau de mon être.”

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