Hypersensibilité – Elodie Crépel

1. Hypersensibilité, définition & caractéristiques

3 auteurs phares en ce domaine :
Elaine N. Aron, Saverio Tomasella et Arielle Adda:

  • Si on regroupe leurs ouvrages, voilà ce qu’on peut dire des hypersensibles : on naît hypersensible, on ne le devient pas et on le restera toute notre vie même si certain.es passeront leur vie à le cacher ou à le contrôler…
  • les émotions sont denses et puissantes, il y a quelques années les hypersensibles étaient même diagnostiqués et traités médicalement comme des bipolaires par les psychiatres ;
  • Ils ont une grande empathie, parfois même envahissante, ce qui les pousse à avoir des valeurs et des convictions très élevées ; les mettant ainsi dans des situations compliquées (se mettre en danger pour défendre une injustice, sembler immature car on pleure plus facilement, ce sont des proies idéales pour les pervers narcissiques…).
  • ils vont chercher un sens profond à la vie, aux événements et aux personnes, et auront donc du mal à “passer à autre chose”, ce qui sera incompris par l’entourage ;
  • Très créatifs et intuitifs, ils ont souvent besoin d’une activité artistique pour s’épanouir et libérer leurs émotions;
  • Ils ressentent le monde beaucoup plus intensément, les bons côtés comme les mauvais. Mais auprès d’eux, la vie est toujours très colorée ;
  • Ils ont souvent besoin de s’isoler, car être empathe et tout ressentir fatigue énormément tant émotionnellement que physiquement ;
  • Ils sur-investissent les relations, ce qui peut être étouffant ou trop fusionnel. Donner à un hypersensible une relation plus “basique”, c’est comme donner une miette de pain à quelqu’un qui meurt de faim… il en voudra toujours plus!
  • Ils sont sensibles à la critique et peuvent donner l’impression de manquer de confiance en eux, car ils sont dans l’incompréhension totale face à la méchanceté. Le monde est violent pour eux, ce qui peut créer de fortes angoisses voire des symptômes dépressifs. Et au final, s’ils ne se sentent pas acceptés, ils peuvent avoir une faible estime d’eux-mêmes.

2. Cerveau des hypersensibles

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L’hypersensibilité est innée, et on dispose aujourd’hui de suffisamment d’imageries médicales pour affirmer que l’hypersensibilité se voit clairement dans le cerveau : les zones vont s’allumer plus vite et en surnombre comparé à un cerveau non-hypersensible. Cependant la structure même du cerveau ne change pas.

Non-hypersensible ne veut pas dire “non-sensible”, je rappelle que nous avons tous.tes une sensibilité propre.

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Ainsi l’hypersensibilité est souvent accompagnée d’une hyperesthésie (réaction forte aux stimulis extérieurs, très grande sensibilité aux bruits, odeurs, luminosité, sensations tactiles…). Le cerveau peut être vite submergé de toutes les informations car il y a une surexcitation dans les zones neuronales (notamment sur les zones concernant les interactions avec autrui).

Les études du Dr BIANCA ACEVEDO montrent que les neurones miroirs ainsi que l’insula sont plus réactifs chez les HS, ce qui explique l’hyper-réactivité émotionnelle dans les relations humaines.

Donc NON, un HS ne peut pas juste “lâcher l’affaire” ou “passer à autre chose”, il ne peut pas non plus “faire comme si ce n’était pas grave” ou ne pas “en faire une affaire d’état”. Toutes ces petites expressions n’ont pas de sens pour un HS, elles sont juste là pour le juger, et lui poser l’étiquette “pas normal” qui va juste lui faire perdre confiance en lui, et en ses capacités.
L’HS a un cerveau différent, et different ne veut dire ni mieux ni moins bien … ça veut dire différent!

Sachons accepter cette difference pour s’en enrichir! 

Source: “Vive les zatypiques” d’A.Akoun & I.Pailleau

3. Hypersensible et le relationnel

L’hypersensible peut avoir des difficultés relationnelles et sera jugé trop susceptible, trop sensible, trop fusionnel, trop excessif… et il peut même en devenir toxique pour son entourage s’il se sent mal-aimé.

Car un hypersensible qui se sent jugé va le ressentir très intensément. Pour une simple remarque, il peut croire qu’on ne l’aime pas ou qu’on lui en veut, ce qui peut fragiliser son estime de lui et l’angoisser au plus haut point. Il n’est pas rare qu’un hypersensible soit un dépendant affectif s’il ne travaille pas sur sa confiance en lui. Il peut même en arriver à détériorer -voire détruire- ses relations (sans le vouloir) par simple crainte de ne pas être accepté tel qu’il est.

Seule solution: il doit apprendre à expliquer ses émotions et à s’entourer de personnes tolérantes. Pour cela il doit avant tout assumer son hypersensibilité, ce qui lui permettra de mieux reconnaître et accueillir son émotion, et donc de communiquer sur ses besoins.

Mais il faut aussi dire qu’avoir un ami hypersensible, c’est avoir un “véritable ami loyal et empathique”, un ami qui sera toujours là à vos côtés sans vous juger, un ami qui pourra vous décrocher la lune et vous aidera à porter vos valises. Mais ces amitiés sont rares car tout le monde n’en est tout simplement pas capable.

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L’hypersensible va souvent se remettre en question (et pour cause, on l’a remis souvent en question), mais il faut juste admettre qu’au final il n’y a pas de fautif, mais juste des différences. C’est à l’hypersensible de s’assumer pour choisir au mieux ses relations, et non pas s’investir en dépit de mieux ou par crainte de la solitude. Car n’oubliez pas que les hypersensibles sont des mets de choix pour les pervers narcissiques!

Sachez donc vous aimer pour offrir aux “bonnes personnes” le meilleur de vous-même, car vous êtes souvent les meilleurs amis qu’on puisse avoir.

A lire : Saverio Tomasella: ” A fleur de peau” .

4. Les hypersensibles abîmés

Pas facile d’évoluer dans un tel monde en tant qu’hypersensible, d’autant que -comme le dit le psychanalyste Saverio Tomasella (auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’hypersensibilité)- on est dans une société de plus en plus « hyposensible, dure et anti-bisounours ». Pour autant, on sait aujourd’hui que ressentir des émotions, voire à l’extrême comme pour l’hypersensibilité n’est pas une pathologie, et qu’au contraire c’est une singularité qui se développe beaucoup mieux dans un environnement bienveillant. (CF les recherches neuroscientifiques faites par Elaine N.ARON). .

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Mais que deviennent les hypersensibles qui ont été éduqués ” à la dure” , à coups de pieds aux fesses (au sens propre comme au figuré)?
Et bien ils sont “abîmés” et non “cassés”.
A force d’entendre des phrases telles que “arrête de faire le bébé, de faire des caprices, de faire semblant…”, il aura bien compris que ses émotions gênent et qu’il semble plus adéquat de les cacher pour s’intégrer, se faire accepter et aimer! Ainsi il va avec le temps intégrer que ce qu’il est n’est pas aimable, ce qui va inévitablement fragiliser sa confiance en lui.

L’hypersensibilité va devoir se redécouvrir et apprendre à légitimer cette partie-là de lui qu’il a fui et désaimé (par mimétisme) pendant tant d’années. La confiance se travaille, et ce à tous âges et pour n’importe quelle situation. Et je cite BOURDEVERRE VEYSSIERE Soline : « L’évolution est toujours possible. Rien n’est figé. Gardons à l’esprit qu’il est toujours temps de redresser la barre. Notre cerveau plastique nous le permet”. De plus elle rajoute dans son livre “J’ai confiance en toi”: “En donnant à voir aux enfants des adultes aimants, respectueux, en pleine conscience et en pleine confiance, nous leur offrons le spectacle vivant de ce qu’ils sont susceptibles de devenir”.
Ainsi, se réparer passe inévitablement par l’amour de soi et un long travail sur sa confiance. Mais tout est possible, il suffit d’être convaincu qu’on le mérite (d’où parfois le serpent qui se mord la queue…).

5. Les hypersensibles et le monde du travail

Là encore, si on cherche sur internet des informations sur le sujet, on trouvera inévitablement des conseils pour “gérer” cette hypersensibilité, un peu comme un handicap ou quelque chose de honteux à cacher pour que tout se passe “bien”. Comment voulez-vous que les hypersensibles soient acceptés et appréciés pour ceux qu’ils sont si on les cache? Comment voulez-vous être bien dans vos baskets si vous sentez que votre naturel dérange?

Il est vrai que l’hypersensibles dans ce milieu très compétitif, de rigueur structurelle, de hiérarchisation et d’organisation figée, pourra avoir du mal à y trouver sa place. Peu d’hypersensibles s’épanouissent d’ailleurs dans leur travail selon la spécialiste Elaine ARON.
Mais que l’on soit hypersensible ou non, on a tous besoin de se sentir valorisé et respecté dans son travail ; ce qui est plus délicat lorsque le schéma basique de l’entreprise est de mettre en lumière ce qui ne va pas et de toujours faire plus et mieux. Se rajoute l’hyperesthésie de l’hypersensibilité qui peut générer plus facilement des maladies. Pour autant selon Daniel H. Pink (expert dans le champ de la motivation au travail et de la psychologie appliquée aux affaires): “le futur appartient à l’hémisphère droit” car il y a aujourd’hui besoin « d’intégrer au monde du travail de l’intuition, de la créativité et de l’empathie”. D’autant que les hypersensibles mettent en place un climat chaleureux au sein des équipes, et ont le sens aigü du travail bien fait!

“Ne méprisez la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c’est son génie.” Charles Baudelaire.

Mais en attendant que faire?
1. Travailler sa confiance, le regard de l’autre doit moins compter que votre propre regard sur vous-même ;
2. Prendre le travail comme… un travail ! En changer ou trouver une source d’épanouissement à côté (au pire le voir comme un simple job alimentaire) ;
3. Ne pas attendre d’être en burn-out pour demander un arrêt de travail ;
4. Accepter l’inacceptable : le monde ne changera pas. Le faux-self peut être votre ami et votre allié du moment que vous savez le distinguer du vrai-self ;
5. Prendre soin de vous, légitimer seul vos besoins et vos émotions.

6. Hypersensibilité et Parentalité

Il est rare de ne pas savoir/sentir que l’on est différent, et d’ignorer donc son hypersensibilité… mais cela arrive. Par fuite ou conformisme, on oublie un peu qui on est. Voilà pourquoi il est important de parler ici de la parentalité. Car avoir un enfant nous bouleverse de l’intérieur et remue un peu la poussière sous les meubles.
Le plus souvent, les émotions vives et si authentiques des enfants nous percutent de plein fouet et nous mettent face à nos limites… et à nos propres émotions. Et plus on a enfoui nos émotions et plus c’est douloureux qu’elles se réveillent (certain.es lutteront d’ailleurs toute leur vie pour les enterrer… et donc faire taire celles de leurs enfants).

La parentalité nous met face à l’enfant qu’on a été, l’enfant brimé, l’enfant non écouté et l’enfant blessé. Si certains parents en voudront du coup à leur enfant pour cela, au point de souhaiter qu’à leur tour il se conforme comme il a lui même fait, d’autres n’auront pas d’autres choix que d’entamer un travail honnête envers eux-même!
Ils se re-découvriront donc hypersensibles. C’est donc par la compréhension des attitudes et des aptitudes de leur enfant qu’ils feront le lien pour eux-mêmes.

Débutera alors un magnifique voyage, où l’enfant va reconnecter le parent avec ce qu’il est, où l’adulte va apprendre à travers l’amour qu’il porte à son enfant, à s’aimer pour ce qu’il est. Il se pardonnera ainsi ses différences et apprendra même à les aimer. Il donnera dès lors le plus bel exemple qu’il soit à son enfant : pas besoin d’être parfait, pas besoin d’être comme tout le monde, l’amour se fait par soi pour soi.

Cette belle expérience permettra alors au parent comme à l’enfant de pleinement s’épanouir avec son hypersensibilité propre, mais aussi de nouer une belle et authentique relation d’amour (que les hypersensibles savent très bien mettre en place).

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7. Hypersensibilité et le couple

L’hypersensible est un passionné, il se livre vite et entièrement. Il pose son cœur sur la table comme on y poserait un bout de pain et il l’offre à tout ceux qui ont faim. Bien sûr il a appris, et à raison, que dans ce monde, on ne peut pas se fier à tout le monde et encore moins se donner à tous. Il apprendra, bien souvent dans la douleur, à faire preuve de prudence… Mais malheureusement c’est contre-nature pour un hypersensible, qui ne rêve que d’un monde de bisounours.

Alors, il semble parfois plus raisonnable de se mettre en couple avec un autre hypersensible.
Pour autant, les couples entre hypersensibles ne sont pas plus faciles car il y a là deux volcans prêts à faire irruption n’importe quand et n’importe où 🌋
On peut vite être submergé par ses émotions et noyé par les émotions de l’autre, au point de les lui reprocher. On voudrait être écouté et respecté mais sans l’énergie de le faire pour l’autre. D’autant que chaque hypersensible est différent et a sa propre personnalité, ce qui complexifie parfois l’entente et la compassion.

Alors autant se mettre avec un non-hypersensible? Pas forcément non plus, car comme on l’a vu tout au long de la semaine, on peut vite se sentir incompris et jugé, ce qui affectera très fortement la confiance en soi et dans le couple.

La solution reste donc toujours la même : se connaître et s’accepter suffisamment soi-même pour ne pas attendre de l’autre qu’il le fasse. Savoir exprimer ses besoins et ses émotions, et les légitimer assez reste la clé d’une relation saine et épanouie.

8. Les forces de l’hypersensibilité

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J’avais aussi envie de revenir sur ce stéréotype de l’hypersensible fragile, qui pleure tout le temps, à qui on ne peut rien dire et qui doit à tout prix “se renforcer” sous peine de souffrir toute sa vie. Cette phrase te parle?
Tu connais l’histoire de cet enfant à qui on a répété sans cesse d’arrêter de pleurer, de faire des caprices et de se secouer un peu car tu comprends, “la vie est dure” ?! Et bien si la vie est dure pour cet enfant c’est justement parce qu’on lui a fait comprendre qu’il n’était pas comme il faut, et qu’on attendait de lui un autre comportement. Ce n’est donc pas sa sensibilité qui lui a fait du tord, mais ceux qui l’ont critiqué. C’est une sacrée différence…

Nombreux sont les adultes hypersensibles qui ont été respectés avec cette caractéristique et qui ont su en faire une force. Car crois-moi, il n’y a pas plus forte qu’une personne hypersensible… car il en faut de la force pour vivre dans ce monde, quand tu ressens tout lus intensément.
Les hypersensibles ont une grande force de résilience (= capacité de rebond face aux difficultés de la vie), s’ils tombent souvent, ils ne restent jamais à terre !
Il faut un sacré courage en soi pour pleurer publiquement. Il faut également une bonne dose de confiance en soi pour se mettre à nu, comme un hypersensible sait si bien le faire, face à tant de personnes qui elles en seront incapables… et accepter cet état de faits…

Un hypersensible ira au bout de ses convictions, de ses valeurs et de son amour pour les autres… alors certes on est que 20% (ou plus). … mais si ce monde tient encore debout c’est peut-être parce que nous sommes encore 20%! Alors la prochaine fois que vous entendrez une personne vous critiquer ou porter un jugement sur un hypersensible, sachez lui montrer toutes ces belles caractéristiques qu’elle affectionne certainement aussi.

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